Lavarou koz a Vreiz-Izel/NAOVED STROLLAD

H. Champion, 1878  (p. 135-146)






NAOVED STROLLAD.


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NEUVIÈME SÉRIE.






I.


886

Lein hir hag offeren verr
A blij d’ann dud dibreder.

887

Pedennou berr a gass d’ann neon,
Pedennou hir a chomm a-dreon.

888

Ann Aviel,
Ar gwir gentel.

889

Biskoaz sant n’eo bet
En he barrez meulet.

890

Ar zant pella,
Ar zant gwella.

891

Da zantez-Anna neb a ia,
Santez Anna n’ankounac’ha.

892

Itroun Varia ’nn amzer
Ne labour ked en aner.

893

Mui a win a zispigner er pardoniou eged a goar.

894

E Breiz-Izel pa ziskennan,
Dour mad ha tud diampech a lakan.

895

Neb a verv lichou d’ar gwener
Birvi a ra goad hor Salver.

895

Da noz Nedelek ne gousk ken
’Met ann tousok ha mab ann den.

897

O sent ma bro, ma divallet,
Sent ar vro-man n’anvezann ket.

898

Deomp da bidi sant Herbot
Da reï amann leiz ar ribot.

899

Sant Iouen, sant Iann,
Leiz ma ribod a amann,
Hag eur bannik bihan a lez
’Vit aluzenn d’ar paour kez.

900

Aotrou sant Ourzal, me ho ped,
Roït d’eomp-ni pep a c’hreg.
Aotrou sant Ourzal, eur weach c’hoaz,
Roït d’eomp-ni peb a voaz.

901

Itroun Varia-Molenez,
Digassit pense d’am enez,
Ha c’houi, aotrou sant Renan,
Na zigassit ket evit unan,
Digassit evit daou pe dri,
Evit m’hen devezo lod peb-hini[1].


II.


902

Mar vez Guillou, ra-z-i pell dre sant Herve ;
Mar vez Satan, ra-z-i pell en han’ Doue[2].

903

Ki klan, chanj a hent,
Arru ’r baniel hag ar zent ;
Arru ’r baniel hag ar groaz,
Hag ann aotro sant Weltas.

904

Me ho salud, grubuill verrienn ;
Me ’zo deut da zigass d’hec’h ann derrienn,
Eun tamm bara hag eur vi,
Ne c’houllan ken he c’hrena mui.

905

Salud d’e-hoc’h, burlu givenn,
Me a zo deut d’ho tispenn,
Evit m’am lakafet iac’h,
Rak klanv oun gand ar pennzac’h.

906

Ar penn a zac’h er zac’h,
Ma fenn er-meaz ha me iac’h.

907

Salud, loar gan,
Kass ar re-man
Gan-ez ac’han.

908

Ar Werbl hen deuz nao merc’h :
Deuz a nao a deu da eiz,
Deuz a eiz a deu da drei,
Deuz a zeiz a deu da c’houec’h,
Deuz a c’houec’h a deu da bemp,
Deuz a bemp a deu da bevar,
Deuz a bevar a deu da tri,
Deuz a dri a deu da zaou,
Deuz a zaou a deu da unan,
Deuz a unan a deu da netra.
Ar Werbl n’hen deuz ket merc’h ebet.

909

Denedeo, dened’ec’h,
N’e ket ama ema da lec’h,
N’e ket ama nag e neb lec’h.
Pa ’z po treuzet nao mor, nao menez,
Nao feunteun a drugarez,
E gavi eun dachennik c’hlaz,
Hag eno ema da blaz[3].

910

Tro, pe me az troio :
Erru eo karr ann Anko !
Ourlik ! Ourlik !

III.


911

Ar plac’h, war loar goz,
Ne ve ket hir he broz ;
Ar pot, war loar ne,
Ne ve ket hir he zê.

912

Kamm, luch, tort ha born,
A zo ganet diwar ar c’horn[4].

913

N’euz bet biskoaz na kamm na tort n’hen dije itrik fall.

914

Ar voualc’h he bek melen
A vev tri oad ann den.

915

Ar vran hi deuz tri oad den, tri oad marc’h,
Ha c’hoaz ne deuz ked oad awalc’h.

916

Pa gomzer euz ann heol e weler ke sklerijenn.

917

Pa gomzer euz ar bleiz
E vez he lost e-kreiz.

918

Pa voud ar skouarn kleiz,
Meuleudiou e-leiz ;
Pa voud ar skouarn deou,
Meuleudiou e-biou.

919

Gwennili, gra da neiz
Em frenestrik, e Breiz.

920

Skrill a gan war ann oaled
E ti ann holl ’ zo karet.

921

Eur ginidenn dioc’h ar mintin,
Sin a wall fin ;
Eur ginidenn dioc’h ann noz,
Sin a gelou mad antronoz.

922

Eul laouen-dar,
Arc’hant hep mar.

923

Pa gan ar goukou warlerc’h gouel Pêr,
Sin a gernez.

924

Mar klewfe ar zord, mar welfe ar c’hô,
Ne vefe beo den ebet er vro[5].


IV.


925

Gwasoc’h evid ar raned
A zon ar bal d’ar C’horriganed[6].

926

Pan ve ar Siren o kanan,
E c’hall’ martolod paour gwelan.

927

Gargantuas easoc’h da zamma
Evit da garga.

928

Gargantuas, pa oa beo,
A iee ’n eur gammed da Bontreo[7]

929

Boudedeo[8]
A valeo
Dre ma vezo
Daou zen beo.

930

Boudedeo
Ann diveza’ vo beo.

931

Sotoc’h eget Merlin a red en dour araog ar glao.

932

Keuta tud a oa ér bed
A oa Guikaznou ha Kerret.

933

Pa ’r oc’h euz a Gergournadeac’h,
Savit ho tiskouarn d’ann neac’h.

934

Araog ma oa aotrou, e neb leac’h,
Ez oa eur marc’hek e Kergournadeac’h.

935

Pa n’oa kastel e neb leac’h,
’Oa kastel e Kornadeac'h,
Ha pa-z-euz kastel e peb leac’h,
’Euz kastel ive e Kornadeacfh.

936

Riwalen du, Riwalen glaz
A zo tudjentil a viskoaz.

937

Pe tre, pe lano,
Kastelfur eo va hano[9].

938

Debri a ra d’ann neo evel ma ra Rohan[10].



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  1. Les habitants de l’île Molène se défendent, non sans énergie, d’avoir jamais adressé semblable prière à leurs saints. A les entendre, elle leur serait gratuitement prêtée par leurs voisins d’Ouessant, grands railleurs par tempérament, et, aussi, quelque peu jaloux de leur prospérité croissante. Ceux-ci, de leur côté, opposent à cette explication la dénégation la plus formelle. Quoi qu’il en soit, et qu’il s’agisse ici d’une prière ou simplement d’une épigramme, on ne saurait du moins reprocher à cette petite pièce de manquer de couleur locale.
  2. Ce Guillou n’est autre que le loup, contre lequel on ne peut trouver de meilleur défenseur que saint Hervé. La légende raconte qu’Ulphroëdus, oncle d’Hervé, avait un âne qu’un loup dévora. Le saint condamna le fauve a remplacer la bête de somme dont il avait fait sa proie, et « c’estoit chose admirable, — nous dit Albert le Grand, — l’intéressant et naïf hagiographe, — de voir ce loup vivre en mesme étable que les moutons, sans leur mal faire, traisner la charrue, porter les faix et faire tout autre service, comme beste domestique. »
    C’est en souvenir de ce prodige que, dans les églises bretonnes, on représente saint Hervé accompagné d’un loup qu'il tient en laisse.
    Il faut se garder, cependant, de juger sur les apparences : le diable sait prendre toutes les formes, et se montre souvent sous celle d’un loup, dit le paysan breton. Aussi la prudence commande-t-elle de se tenir à la fois en garde contre l’un et l’autre de ces dangereux ennemis.
  3. Var. Deredewez, ’dewez tec’h,
    N’e ket aze man da lec’h.
    Bars eun torkadig lann zec’h,
    Seiz park euz ar mene,
    Ter fantan a drugare,
    Lec’h na glewi kog o kana,
    Bugel bihan bed o oela.

    Var. Dartre (furoncle, herpès etc.), va-t’en loin d’ici !
    Ce n’est en ce lieu qu’est ta place.
    (Elle est) dans un buisson d’ajoncs desséchés,
    Sept champs de la montagne,
    Trois fontaines de merci,
    Où tu n’ouïras coq chanter
    Non plus qu’enfantelet pleurer.

    Cette version a été recueillie par mon ami M. Luzel.
  4. Dans un conte breton très-répandu, une femme surprise par les douleurs de l’enfantement est priée par un moine de ne faire aucun effort qui puisse hâter sa délivrance. — Et, pourquoi cela ? demande-t-elle. — C’est que, répond son interlocuteur, au moment où j’entrais chez vous, j’ai vu la lune en train de se pendre. On se sert de cette expression pour dire que la lune entre dans son croissant. Or, malheur à l’enfant qui vient au monde à cette heure : il est loariet, frappé par la lune, ce qui ne signifie pas toujours lunatique, mais certainement disgracié, soit au physique, soit au moral, et fatalement destiné à être malheureux.
    Ce cas n’est pas le seul où l’influence de la lune, jeune ou vieille, soit à craindre pour les mères : elle les menace dans bien d’autres circonstances, et de là le sujet de mille recommandations, et des précautions les plus singulières.
    Aujourd’hui encore, dans quelques campagnes, les femmes que certains besoins naturels amènent le soir à quitter leurs maisons, se garderaient bien, pour y satisfaire, de se tourner du côté où la lune se montre. Si, par malaventure, elles étaient enceintes, nul ne sait ce qui pourrait résulter d’une telle inadvertance.
  5. M. Emile Ernault, de Saint-Brieuc, m’a donné de ce dicton la variante suivante qu’il a entendue à Sarzeau :
    Enn enan ’pe huile,
    Er zourt a pe gleue,
    Den er bet ne bade.


    Si orvet voyait,
    Si sourd entendait,
    Homme au monde ne resterait.
  6. Se dit des personnes et des choses, et, particulièrement, de tout cri perçant, de tout bruit désagréable. Les Korrigans sont les nains, les gnômes de la mythologie armoricaine.
  7. En partant de Plouaret, m’écrit M. Luzel, à qui je dois la connaissance de ce dicton.
  8. Nom donné au Juif-Errant, et qui répond exactement à celui de Buttadeus attribué au même personnage légendaire par un auteur du 17e siède cité par Grœsse (Sage vom Ewigen Juden. Dresde, 1844).
    En faisant le même rapprochement à l’occasion du gwerz de Boudedeo, M. Gaston Paris fait observer (Revue Critique du 23 octobre 1869) que ce nom « semble un composé de Thâddée et peut-être de Bar défiguré en But. Mais où, — se demande-t-il, — « le poète breton a-t-il trouvé ce nom généralement remplacé par Ahasvérus ? Le fait est d’autant plus bizarre que s’il fait dire au Juif à un endroit Moi Boudedeo, il semble bien l’appeler ailleurs (str. 2), Absarus, c’est-à-dire Ahasvérus. »
    Dans l’état actuel de la bibliographie bretonne, il n’est pas possible, je crois, d’assigner une date tant à la composition du gwerz qu’à l’introduction en Bretagne du nom de Boudedeo. Toutefois, il me paraît acquis que ce nom était tout au moins populaire dans les campagnes armoricaines au 17e siècle. Grégoire de Rostrenen et Dom Le Pelletier le mentionnent, en effet, dans leurs dictionnaires commencés l’un et l’autre vers 1700, sans que rien de la part des deux savants lexicographes permette de supposer qu’il fût d’importation récente.
    Pour ce qui est de la bizarrerie résultant de la double appellation donnée au marcheur éternel, elle trouve son explication dans l’ancienne légende dont parle Edgard Quinet (Préface d’Ahasvérus) qui nomme le Juif « Ahasvérus », et, après son baptème, « Buttadeus ».
  9. Devise de la famille de Châteaufur.
  10. On donne au pourceau, dans un grand nombre de localités, le nom de Rohan ou de mab Rohan, fils de Rohan